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Lu pour vous : "Education populaire et puissance d’agir, les processus culturels de l’émancipation"

Un ouvrage de Christian MAUREL, aux Editions L’Harmattan, Collection Le travail du social – Avril 2011. 224 pages.

Education populaire et puissance d'agir

A l’occasion de la journée du Conseil supérieur de l’Education permanente organisée à Ottignies, le 17 juin 2011, le sociologue C. Maurel avait choisi, en fait, de commenter son livre dont le sous-titre portait sur « Les processus culturels de l’émancipation ».
Nous l’avons lu pour vous.

L’éducation populaire, se traduit, en « belge » par l’éducation permanente (on se réfère donc à l’E.P.).
Pour l’auteur, elle se définit comme l’éducation du peuple, par le peuple et pour le peuple.
Du peuple, certes, mais au 19ème siècle, cette éducation avait la dimension culturelle du mouvement ouvrier avec une solidarité organisée dans l’action.

Elle évolue, au 20ème siècle dans une sorte de démocratisation de la culture, voulue par les parties de gauche, devant se faire confronter les intellectuels et artistes avec le peuple, face à une « bourgeoisie » installée.
Mai 1968 et son idéologie contre-culturelle a incontestablement mené à des aspirations sociales et politiques différentes, notamment à l’égard de la culture.

L’auteur souligne, à partir de ces constations, que l’évolution de la société n’est peut-être pas nécessairement le facteur entrainant une modification des comportements sociaux, telle que le citoyen puisse devenir un acteur autonome de progrès social.

Bien plus, est-il établi que la culture soit, par nature, source d’émancipation ?
Textuellement, il est affirmé que « les transformations de société ne conduisent pas mécaniquement à la transformation sociale ».

Ce que croit l’auteur, c’est que l’E.P. se situe comme « travail de la culture ».  Il s’inspire du texte de la préface célèbre de l’œuvre  de Marx, intitulée « Contribution à la critique de l’économie politique ».
Les considérations émises s’inspirent donc d’un choix philosophique : il ne s’agit pas de voir dans l’E.P. les moyens d’éduquer le peuple, de l’instruire mais de lui permettre de s’émanciper afin de renforcer ses aptitudes à l’action.
Comment concilier cette émancipation avec un développement culturel ?

L’Etat a un rôle à jouer pour améliorer les systèmes sociaux de telle sorte que des phénomènes tels que la précarité, l’exclusion, la violence soient atténuées, voire supprimées par un travail social visant donc à réduire la fracture sociale.

La dimension culturelle de la politique menée par les pouvoirs publics peut faire l’objet de bien des critiques, notamment dans les systèmes totalitaires.
Ce scénario n’est évidemment pas d’application dans nos démocraties.

L’émancipation culturelle avec des acteurs sociaux et politiques « nouveaux » implique une appréciation nuancée de ce qui fut réalisé précédemment, et les plans d’action d’aujourd’hui.

A ce jour, en effet, il est encore difficile de s’émanciper de théories abstraites pour agir dans les rapports sociaux, les moins marqués possibles par des procédures administratives contraignantes, notamment, en matière de subsidiation.

Il se fait, par ailleurs, que l’E.P. n’a de sens qu’une fois confronté aux nécessités de société, telles que vécues à un moment dans l’histoire d’un pays, d’une ville, d’un quartier.
Lire la réalité sociale et l’interpréter dans l’action couvre bien la dynamique de l’E.P.

Il est bien question de faire en sorte que la société fonctionne autrement : cette dimension culturelle produit la conscience et le sentiment d’une nouvelle puissance collective porteuse d’un avenir meilleur.

Aujourd’hui, l’E.P. tente de répondre à la question « où va le monde et que font les hommes ? »
Les hommes doivent reprendre collectivement leur destin en main :

  • Pour faire face à la crise économique, politique et sociale qui nous touche actuellement ;
  • Pour se confronter aux inégalités sociales et au fossé qui croit sans cesse entre pauvres et riches ;
  • Pour lutter contre la crise de la démocratie actuelle qui fait que notamment les jeunes ne se sentent plus représentés par les politiques qu’ils ont élus…

L’objectif de l’E.P. serait pour l’auteur de contribuer à :

  1. Une conscientisation : à l’origine de la mise en mouvement.
  2. Une émancipation : elle commence avec la pétition que l’on signe, l’association de quartier que l’on crée, etc.  Il s’agit de sortir de la place que la société nous a assignée, c’est-à-dire faire un parcours, un chemin individuel, s’inscrivant dans un chemin collectif.
  3. Une augmentation de la puissance d’agir (// empowerment) : on n’est plus dans le « pouvoir sur «  (pouvoir du patron sur l’ouvrier) mais dans le « pouvoir de » (pouvoir de l’ouvrier de faire grève), c’est-à-dire dans la puissance d’agir.  On devient acteur de son propre changement.

Les modes d’action – ayant fonctionné antérieurement ne sont pas forcément transposables mais les enseignements à en tirer peuvent toujours être partagés.
Les principes actifs de l’E.P. se résument ainsi :

  1. Voir, comprendre et agir (mouvements de jeunesse).
  2. « Parole, savoir, œuvre, pouvoir, émancipation » sont les moteurs du mouvement.
    Parole : ce que nous disons de notre situation, avec nos mots.
    Savoir : comment nous passons de la parole à un savoir collectif pour comprendre la situation dans laquelle on est.
    Œuvre : écrits artistiques, propositions, collectifs, associations, …
    Pouvoir : pouvoir d’agir, capacité d’entreprendre.
    Emancipation : on sort de la place qui nous est assignée : de passif on devient actif.
    Le regard, par rapport à l’individu même, change.
  3. Parler de ce qui affecte les gens, de ce qui les indigne ou fait leur admiration.
    Ce laboratoire social fonctionne suivant une logique ascendante.
  4. Redonner uns statut pédagogique et politique au conflit : fertiliser les désaccords et « dysfonctionnement » pour les rendre utiles au cheminement individuel et collectif : en travaillant ces désaccords, on arrive à une intelligence collective.

En conclusion, l’E.P. s’interprète, pour l’auteur, comme « un parcours qui éclaire et définit le chemin » et cela, en s’inspirant de principes, qu’on ose qualifier de marxistes : les hommes sont les produits de l’histoire, ils doivent pouvoir faire l’histoire et construire leur futur commun.
Le débat que C. Maurel propose s’élargit à bien des domaines autres que l’acte éducatif tel quel.
C’est un des intérêts de cet ouvrage qui souligne combien les politiques publiques sont démunies face à toutes les contradictions de notre société.
« Dans l’E.P se joue,  pour une grande part, la représentation et l’avenir de l’Homme… » (p.221).
Enfin, il nous paraît que ce livre – dont la bibliographie est remarquable – s’adresse plutôt à un public spécialisé (sociologues-anthropologues).
A lire donc, à petites doses…

P.S : Le trimestriel « Agir par la Culture N°27, 3ème trimestre 2011, pp 24-25 consacre deux pages à une interview de C. Maurel sur le thème « L’Education populaire, grain de sable et goutte d’huile du système ».

Question : qu’en pensez-vous ? Faites nous part de vos commentaires !

 

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