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Lu pour vous : "Le travail bénévole, Engagement citoyen ou travail gratuit ?"

Un ouvrage de Maud Simonet, aux éditions La Dispute, Paris, 2010.

Travail Benevole

Maud Simonet, sociologue au CNRS (IDHE-Université Paris Ouest Nanterre), analyse à travers cet ouvrage les usages sociaux, politiques et associatifs du travail bénévole, et tente d’en comprendre les articulations pour en dégager les enjeux. Son originalité réside dans le fait qu’elle propose d’analyser le bénévolat à la lumière des concepts et outils de la sociologie du travail.

Habituellement appréhendé comme forme d’engagement, de militantisme ou d’exercice à la citoyenneté, le bénévolat fait rarement l’objet d’une analyse comme forme de travail.

L’ouvrage de M. Simonet permet dès lors de compléter les analyses traditionnelles, mais aussi de les complexifier. 

Notons que M. Simonet est française. L’ouvrage traite donc du « bénévolat », terme utilisé en France qui se différencie du volontariat tel qu’on l’entend en Belgique (En France, par contre, le « volontariat » est définit comme une activité à temps plein donnant droit à une indemnité de subsistance et à une protection sociale).

Les usages sociaux du travail bénévole

Dans cette première partie, M. Simonet explique comment le travail bénévole s’inscrit dans les carrières professionnelles réelles ou idéales des acteurs, et comment le rapport social au bénévolat, en étant inégal (cumul pour les uns, sacrifice pour les autres), a tendance à venir redoubler les rapports sociaux inégaux à l’emploi.
Elle démontre notamment comment le bénévolat participe à la construction des carrières professionnelles, d’une part objectivement - sur le CV par exemple – et d’autre part subjectivement - en permettant de combler les écarts à la carrière idéale en aidant les individus à retrouver un certain idéal de soi au travail (se sentir utile, engagé, …). Le travail bénévole se situe donc soit en amont du travail, c’est-à-dire à l’entrée dans l’emploi, de par sa dimension « préprofessionnalisante » (réelle ou supposée), soit en aval du travail dans la mesure où il constitue une prolongation des carrières professionnelles au-delà de l’emploi et de la retraite.

En mettant en évidence ces « faces cachées » de la carrière professionnelle, l’auteur décèle ainsi les éventuelles inégalités des rapports sociaux de ces pratiques.
D’un côté, il y a les bénévoles qui peuvent choisir de faire bénévolement ce qu’ils font ailleurs en tant que salariés et, de l’autre, ceux qui espèrent un jour faire contre un salaire ce qu’ils font aujourd’hui bénévolement. Les premiers sont dans le registre du cumul quand les seconds sont dans celui du sacrifice. Le rapport social au bénévolat viendrait alors redoubler et accentuer l’inégalité des rapports au travail.

Les usages politiques du travail bénévole

L’auteur entend ici démontrer la place de l’Etat dans la construction du travail bénévole, mais aussi dans son instrumentalisation. Elle compare alors les politiques françaises et américaines en la matière.

Selon l’auteur, les politiques publiques du bénévolat sont, du moins en partie, des politiques de l’emploi, et ce à double titre : en ce qu’elles visent à développer et/ou à institutionnaliser des formes de travail bénévole dans les services publics, mais aussi car elles mettent au travail (bénévole) des catégories de la population qui ne sont pas dans l’emploi.

Loin d’être simplement l’objet d’une politique publique, le bénévolat en est aussi l’instrument et ce sont bien les dimensions de travail au cœur de cette pratique qui permettent à l’Etat de l’instrumentaliser.

L’auteur propose ensuite une analyse approfondie du modèle américain et du modèle français.

Aux Etats-Unis, c’est l’idée de servir la nation, la communauté, (logique de self-help) qui prédomine. Il y a une volonté d’agir ensemble, de se rassembler pour trouver une solution à un problème spécifique. Ce modèle est inscrit dans les lois américaines, dans l’économie, dans l’échelle des valeurs. Il y a là-bas une tradition associative solidement ancrée dans l’histoire de la démocratie américaine. La grande différence avec la France est que les américains se mobilisent pour répondre concrètement en tant que société civile à un problème, alors que les Français sont dépendants de l’Etat ou de la collectivité locale. En Amérique, la pratique bénévole est développée, reconnue, valorisée parce qu’inscrite dans la tradition et dans l’histoire du pays. En France, cette pratique est peu développée, peu valorisée, peu reconnue, voire coupable, trouvant difficilement sa place dans le fonctionnement démocratique du pays du fait notamment d’une tradition de forte attente par rapport à l’Etat.

Le recours à la comparaison France/USA conduit l’auteur à souligner à la fois les différences dans les modalités des politiques du bénévolat dans chacun des deux pays, mais aussi les transferts de pratique entre eux et finalement les proximités dans les dispositifs institutionnels récemment crées en France, plus anciens aux Etats-Unis. La présentation de la politique américaine est en quelque sorte nécessaire à l’auteur pour comprendre l’évolution de la politique française du fait de ce transfert culturel et de son importance dans l’élaboration de cette politique.

Les usages associatifs

Dans cette troisième et dernière partie, l’auteur nous invite à identifier la relation de travail qui relie le bénévole à l’organisation dans laquelle il s’engage. Elle démontre que les associations participent également, parfois malgré elles, à cette instrumentalisation du travail citoyen décrite dans les parties précédentes. Elle étudie les modalités par lesquelles les associations construisent et mobilisent cette relation de travail bénévole ou encore comment elles transforment concrètement l’engagement en travail.

M. Simonet parle alors d’une « construction organisationnelle du travail bénévole » qui se définit par la construction de cadres d’exercice pour le bénévole : congés, indemnités, formations -  inspirés du monde du travail salarié. Selon l’auteur, ces procédures relèvent d’un processus d’ « institutionnalisation ». Elles visent à institutionnaliser la présence du bénévole, de ce travailleur non institutionnel, dans une situation de travail institutionnalisée, ce qui peut avoir des conséquences, notamment dans les milieux déjà hautement institutionnalisés (milieu hospitalier, scolaire) : cela peut à la fois engendrer des tensions et en même temps la mise en place de procédures encore plus poussées.

En conclusion

Tout au long de son ouvrage, Maud Simonet nous propose un portrait intéressant du bénévole comme travailleur. Elle nous pousse à nous questionner sur les contradictions de l’engagement et sur la « bénévolisation du travail ». Elle nous amène à approfondir la réflexion sur le bénévolat tantôt considéré comme un engagement citoyen, tantôt comme du travail gratuit. Elle nous questionne sur les usages de ce travail invisible des acteurs, des pouvoirs publics qui les soutiennent et des organisations dans lesquels il s’exerce. Cela permet de mettre en exergue le rapport ambivalent qu’il existe entre travail bénévole et travail salarié.
Son analyse, bien que très spécifique au système français, est enrichissante et s’adresse à tous les acteurs du monde associatif souhaitant développer les questions relatives au bénévolat d’aujourd’hui.

Question : qu’en pensez-vous ? Faites nous part de vos commentaires !

 

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